mardi 29 mai 2012

La génération X et le conflit social.


Ce matin en me levant, je fais ma revue de presse comme – presque – toujours, un peu via Facebook, je m’en confesse. J’ai eu mes retrouvailles de 25 ans après ma graduation de la polyvalente cette fin de semaine. Le mélange des nouvelles et de mes discussions de la fin de semaine m’ont donné le goût d’écrire aujourd’hui.

Comme vous avez sans doute pu le déduire, j’ai 42 ans. Je suis ingénieur, j’ai mon entreprise, je suis père de famille et j’ai eu l’occasion de travailler à l’étranger à quelques reprises. Disons seulement que je ne suis pas l’archétype d’un gauchiste-hippie- va-donc-te-faire-couper-les-cheveux-le-pouilleux-les-BS-s’y-veulent-de-l’argent-qu’y-fassent-comme-moué-pis-qu’y-travaillent-crisse (pour paraphraser Elvis Gratton). Malgré tout ça, j’ai envie de parler de ce qui se passe en ce moment, et de ce que ça me fait vivre.

À mon âge, je fais  partie de la génération X. Pas LES X mais la génération X. Pour ceux qui l’ignorent, le X signifiait à l’époque une génération sans nom, qui serait oubliée, que la société a abandonnée à eux même, ce qui n’est pas une première dans l’histoire. Je dis généralement que nous avons été élevés comme des baby-boomers mais qu’au moment de nos études ou de notre arrivée sur le marché du travail, ce beau rêve s’est effondré. Finies les jobs au gouvernement avec un bac. en histoire ou en socio, fini la grosse job de col bleu avec un secondaire 2 en poche. Que nous est-il donc arrivé par la suite ? Un épouvantable traumatisme collectif qui nous a fait nous cacher dans notre coin, sans plus vouloir en sortir. Chez ceux qui sont moins diplômés, ça a créé ceux qu’on appelle les WAYM (White Angry Young Men) qui carburent à la démagogie du type ADQ-CAQ et la base du fidèle public de la radio parlée de Québec.

Mon ami Tuan me faisait remarquer que lorsque nous étions aux études, nous aussi les frais de scolarité ont augmenté considérablement (je crois qu’il a plutôt parlé de quadrupler). C’est sans compter les passes que nous nous sommes fait faire par le régime de prêts et bourses. Qu’avons-nous fait ? Rien, bien sûr. Nous sommes restés sur notre jambon, à subir, notre traumatisme collectif nous rendant allergiques à la mobilisation et au militantisme… et qu’arrive-t-il quand on ne fait rien en démocratie ? Eh ben on finit par se faire fourrer, et c’est ce qui nous est arrivé.

Mais parlons un peu des prêts et bourses et de la grave iniquité qu’ils créent. Aujourd’hui, environ 90% de la population est urbaine. Le premier, j’habite aujourd’hui Montréal. Je pourrais habiter Québec ou Sherbrooke comme beaucoup de mes vieux potes de la polyvalente que ce serait pareil. Mais je viens de la campagne. Non, pas de Québec, d’une petite ville ni d’un village. Je viens d’un rang. Mon père avait une terre et l’argent ne lui sortait pas par les oreilles. Pour étudier, j’ai donc du m’exiler, comme tant d’autres.

La plupart de mes anciens potes de la polyvalente ont eu recours comme moi au régime des prêts et bourses. En clair, ça signifie qu’à la fin de nos études nous avions des dettes d’entre 15 et 25 000 $. C’est peu me direz vous, comparé aux 40-50 000 $ d’aujourd’hui ? Effectivement, mais souvenez vous que nous payions environ 9 % d’intérêt à l’époque et, comme je l’ai mentionné plus tôt, le marché de l’emploi s’est fermé devant nous. Ainsi, bon nombre d’entre nous nous sommes retrouvés avec des paiements de 4-500 $ par mois, en gagnant 20 000 $ par an en travaillant à des jobines. Assez ordinaire comme début de la vie adulte. Sentiment d’injustice, traumatisme intergénérationnel renforcé. Pour en remettre, c’est aussi à cette époque que nous avons vu l’apparition des clauses « orphelin » dans les conventions collectives et je pourrais continuer longtemps comme ça.

Mais surtout, j’ai connu des gens qui viennent par exemple de Longueuil et qui ont fait leurs études à Montréal, en habitant chez leurs parents. Ils n’avaient pas ce boulet, eux, en entrant sur le marché du travail. Généralement aussi, ils se sont « établis » beaucoup plus rapidement. À mon avis, ce boulet des prêts est la pire chose qu’on peut faire à quelqu’un qui commence dans la vie.

Alors quand j’entends des propositions comme la fameuse histoire du remboursement proportionnel aux revenus bla bla bla, ça me glace un peu le sang tout ça. Pour moi, le meilleur remboursement des services reçus par l’état s’appelle l’impôt sur le revenu. Point. Croyez-moi j’en ai payé beaucoup, j’en paye beaucoup et j’ai encore l’intention d’en payer beaucoup de l’impôt. Vous savez quoi ? ça me fait plaisir d’en payer. Pourquoi ? parce que c’est ça le deal au Québec, on s’entraide, on a des services et on paye tous pour selon notre capacité.

Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? Comme vous je vois l’actualité. Beaucoup de gens de ma génération, de leur petit confort chèrement acquis regardent ce qui se passe et ont succombé à l’argumentaire du Journal de Montréal et autres et je me dis : « Non ». Les gens dans la rue ne font que ce que nous n’avons pas eu le courage de faire. Quelque chose qui aurait du être fait depuis longtemps, se battre pour rendre les études supérieures à tous, peu importe leur origine, c’est ça – me faisait remarque mon ami Patrick –le deal au Québec aussi depuis 50 ans.

Le Québec est endetté ? Nous sommes en déficit ? Pourquoi avez-vous autant baissé les impôts alors ? Pour être bien certains que la génération qui me précède n’aura jamais payé pleinement pour les services qu’elle a reçu – souvenez-vous des années où les déficits était permanents – et qu’ils continueront à recevoir des services de l’état pendant encore plusieurs années, sur le dos des plus jeunes, et s’assurent que la caisse sera bien vide après eux.

Je vois les jeunes dans la rue et je leur dis « Bravo ! » battez-vous pour un monde meilleur, nous, on ne l’a pas fait. Nous devons cesser cette politique de la tarification des service de l’état qui est ni plus, ni moins, qu’une « Flat Tax » déguisée pendant qu’on baisse les impôts. L’impôt sur le revenu est et devrait continuer d’être la principale mesure de financement des services publics, qui eux devraient être universels. Depuis trop longtemps cette démarche d’anti-Robin-des-Bois est en marche. La « juste part » de Raymond Bachand devrait plutôt s’appeler l’ « injuste part ». La juste part, c’est quand les services de l’état sont vraiment universels et financés par un impôt progressif.

Continuez de vous battre, les casseroles viendront à bout du régime. En tous cas, je l’espère, j’en rêve.

L'ingénieur,
Yanick Vaillancourt

36 commentaires:

  1. Même génération que toi et 100% d'accord avec toi. Merci pour ce texte que je vais partager "dret là".

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  2. Excellent texte, MERCI ! Je partage itou.

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  3. Texte très intéressant - Ça fait longtemps que je dis haut et fort que la génération des baby-boomers est en train de partir avec la caisse.

    Aussi, la classe politique a institutionnalisé un vol collectif. Nos politiciens sont déconnectés et ne comprennent plus le sens du mots "gouvernance" et "responsabilisation". Cette problématique n'est pas uniquement québécoise. La crise des milieux financiers et la pathétique réponse de nos gouvernements est représentatif d'une classe sociale qui pensent avec des vieux modèle économique.

    Problématique: qui peut bien insuffler le changement? Pas de réponse.

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  4. Un texte vraiment intéressant, pragmatique et qui décrit bien la situation.
    À 68 ans, j'ai été témoin de la situation que vous décrivez, l'ai trouvé souvent injuste.
    Aujourd'hui, je me rallie aux jeunes: ils sont l'avenir, le leur et le nôtre comme société!
    Permettez que je partage cet excellent texte.

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  5. J'ajouterais a tout ceci que la fameuse classe des baby-boomer qui ont eu des départs difficile se servent de cet argument pour nous caser dans un moule qui n'est pas correct. J'ai eu un prêt a 18% moi, j'ai travaillé dur et mangé du pain et du peanut butter tout ma jeune vie. Fait donc comme moi...

    Oui, je pourrais faire comme toi et devenir apatique et laisser les autre me brouter la laine sur le dos et espérer par tout sorte de moyen croche comme faire du travail au noir, voler et acheter des grateux pour espérer m'en sortir, ou bien je peux me battre pour remettre tout en place comme ca devrait l'être en fait, un pays/une région saine économiquement, socialement et physiquement. Pas un endroit ou se lever le matin nous fait maudir notre vie parce que c'est toujours un déplaisir d'aller travailler pour si peu avoir au bout du compte...

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  6. Merci Yannick! Ton texte m'a rafraîchi la tête et réchauffé le coeur, je me sens moins seule dans mon clan. 43 ans, aucune ressemblance au portrait de Gratton, analyste d'affaires ayant étudié un peu aux US, mère d'un merveilleux garçon, travaillant pour une importante compagnie et payant aussi une bonne tranche d’impôt, suffisamment que même avec les nananes sur les prêts et bourses de notre cher gouvernement, mon fils n'aura pas droit aux bourses et si prêt il y a, il sera suffisamment petit pour ne pas combler ses frais d'inscription pour une session.
    Je suis 100% d'accord avec toi. Le X je le porte durement en ce moment quand je vois comment nos congénères hypothèquent notre jeunesse comme s'il s'agissaient de faire payer les enfants-rois des baby boomers qui nous on nous-mêmes tant dénigré et effacé, comme si tout ceci n'était qu'une douce revanche. Quand j'entend nos cols rouges et libertariens dirent qu'ils sont la majorité silencieuse cela me faisait peur car je me disais que je ne voulais pas de cette majorité là. Merci encore!

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  7. Un peu plus jeune que toi (à peine), mais un ingénieur aussi et je partage tes opinions.

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  8. Avez-vous lu l'excellent texte de la revue Liberté # 293 ( «L'abdication») , le sociologue Gilles Gagné y signe un premier texte intitulé La question des générations : Qui a pris, laissé ou transmis quoi, à qui, comment, et pourquoi.

    Un texte explique merveilleusement votre témoignage. http://leportdetete.blogspot.ca/2011/10/lancement-liberte-293-labdication.html

    Le genre de texte qui vous donne ensuite l'impression d'être plus intelligent.
    Ça complète merveilleusement votre contribution. Je vous invite à le lire.

    Pour ceux qui veulent connaitre Gagné, voici l'une de ses conférences sur le financement des universités
    http://www.youtube.com/watch?v=ozam3YdhxCM&feature=related

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  9. Wow, fantastique texte. Il faut du courage pour l'écrire publiquement et j'approuve entièrement le contenu! J'ai le même sentiment. Ça me rappelle ce que disait le prof Gilles Gagné en conférence à l'Université Laval: http://www.youtube.com/watch?v=ozam3YdhxCM
    La génération X a été abandonnée par l'État et le "beau système". Alors elle se dit que ça ne vaut pas la peine de payer pour ça.

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  10. Très peu plus vieux que toi : j'appuie !

    On nous a appris à fermer notre gueule, à être docile et obéissants jusqu'à la moelle… Il est temps qu'on l'ouvre, cette boite à paroles, nous-mêmes ou par procuration, grâce à la génération suivante (qui nous oubliera une fois qu'elle aura ce qu'ele voudra ? — Ce sera à nous d'être vigilants là-dessus...)

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  11. Merci monsieur, si vous saviez comment ca fait du bien de vous lire. Je suis un gars de Quebec dans la fin 20aine et j'ai bcp de X dans mon environnement de travail. Nous travaillons en informatique et personne ne passe proche d'etre dans le besoin. Ca me jette par terre comment la majorité de mes collègues sont frustrés quand vient le temps de parler du conflit. Ils déballent les sophismes un apres l'autre. Toujours les memes choses: leurs impots si élevés, leur reve de systeme utilisateur/payeur, les frais de scolarité dans le ROC et USA, etc. La plus part ne démontrent aucun intérêt aux questions environnementales et sociales a part dire qu'ils ne veulent pas payer pour ca. Bien entendu, ils ne sont pas tous pareil. Mais la proportion me fait peur. Je me dis que la radio poubelle de Québec ne doit pas aider, mais tout de meme, je me sens perdu et je bouille de l'intérieur. Merci encore pour votre texte, vous faite un baume sur ma plaie.

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  12. Excellent texte! Votre exemple de solidarité aide à garder espoir!

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  13. Je croirais entendre mon mari ingénieur, 41 ans. Nous partageons votre opinion totalement mais vous l'exposez avec tant de justesse.
    Merci!
    Dans mon groupe de casseroleux multi-ethnique de Cartierville, nous sommes peu nombreux mais nous ne lâchons pas, parce qu'il faut vraiment qu'on se batte solidairement pour un monde meilleur.

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  14. Merci pour ce texte simple et pédagogique. Il permet d'apprecier le conteste et rend digeste une bonne partie des enjeux à la source du conflit (de valeurs, de sens) que nous traversons. Les changements (sociétaux, culturels, de paradigme économique, etc.) ne font que commencer - mieux vaut attacher son casque avec d'la broche!
    Dasn la crise (de confiance) qui secoue institutions et professions, la profession d'ingénieur - sa formation aussi - doit sérieusement réfléchir à son avenir, à son rôle en société et possiblement réviser ses pratiques. En ce sens, "Le praticien réflexif - À la recherche du savoir caché dans l'agir professionnel" de Donald Schön (Éditions Logiques, 1993) mérite notre attention.
    http://www.unige.ch/fapse/life/livres/alpha/S/Schon_1993_A.html
    Carl (Polytechnique, 1993)

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  15. Je partage ton opinion également, j'ai 39 ans. On ne l'a pas fait à notre tour, d'ailleurs est-ce qu'on contestait quelque chose à notre époque? La beauté de la chose c'est qu'on est pas morts, rien ne nous empêche de les rejoindre.

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  16. BRAVO! C'est une analyse tout fait juste et claire. Étant moi-même de la génération X, ce n'est pas d'hier que je constate que les gens de ma génération auraient pu briser ce mutiste et cette léthargie sociale dans laquelle nous nous sommes lamentablement enfuis. La moindre des choses maintenant c'est d'encourager cette belle génération qui a envie d'affirmer son identité et ses droits pour une meilleure société et pour les générations futures. Arrêtons d'avoir peur de tout et réagissons. Il n'est jamais trop tard pour se reprendre.

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  17. Très bien dit, bravo! Ing. (jr) en logiciel ici, un peu plus jeune, mais à cheval sur les X et les Y (position aussi confortable que de s'asseoir sur la barre d'un vélo :P).

    Je crois aussi qu'il est important de penser à l'avenir, même si ça implique de sacrifier un peu de notre confort personnel. Mais je crois que le malaise présentement vient aussi du fait que, peu importe qui paiera, étudiants ou travailleurs, les deux camps ne font plus confiance au gouvernement pour bien gérer cet argent.

    Je suis cependant fier de voir des jeunes qui ont encore des idéaux et qui sont prèt à ce battre pour ceux-ci, il en faut pour réveiller cette même flâme que nous avons tous, mais qui est trop souvent étoufrée dans une épaisse croute de cynisme désabusé.

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  18. Un texte que j'aurais aimé écrire, qui me représente, dont j'endosse chaque paragraphe. Franchement, merci! Il m'a fait du bien ce texte que j'ai pris plaisir à lire, qui m'a ramené 20 ans en arrière, qui m'a rappelé que si j'aie pu être en colère, je n'ai jamais songer à rompre le deal. Chapeau!

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  19. Ah ben là les maudits ingénieurs!! ;)

    PS: Beau texte.

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  20. Bravo! En plein dan le mille... Beau texte. Je suis sur la clôture Boomer-X, et je suis 150% d'accord.

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  21. Je vais jeter un pavé dans la marre. Moi-même mère de 6 filles (dont 2 à moi) de la génération X, je soumets un autre point de vue à ce billet par ailleurs très intéressant et surtout très lucide.

    Je ne crois pas que nous assistions à un conflit de génération. Comme pour toutes les courbes statistiques, vous parlez ici d'environ 15 à 20% de chacune des générations. Par ailleurs,80% de chacune des BB, X, Y et patati et patata.... ne reflète aucunement le genre de stéréotype comme ceux que vous décrivez. Chacun a sa part de préjugés selon sa perspective mais aucune génération comme aucune perspective ne peut décrire un ensemble à elle seule..... J'ai travaillé des années avec des ingénieurs et..... que de préjugés courent sur eux. Sont-ils fondés? Oui pour 15% en mieux et 15% en pire de ceux que j'ai rencontrés... En mieux ou en pire à chaque bout de ma lunette ... il y a chaque fois le reste au milieu qui changeait de tendance au besoin. Chaque groupe semble pourvu du même ADN social.... ici comme ailleurs dans le monde.

    Ne tombez pas dans la facilité..... nous avons planétairement atteint un seuil de tolérance 0. C'est l'ensemble qui réagit aux abus d'une forme de société qui a été poussée à son extrême. Comme c'est arrivé des dizaines de fois depuis que le monde est monde.... la génération X a joué sa "game" et elle a ses 15% aux deux bouts du spectre social comme celle des Y qui est en train de jouer la sienne. C'est comme d'habitude aussi. Il y a les 15% qui sortent de la masse et entrainent avec eux les "suiveux" de toujours. Ceux qui ne partent rien mais qui iront avec le mouvement.... ceux qui n'ont pas une ombre d'idée de ce pourquoi ils tapent sur des casseroles ou sur leurs enfants.

    Je continue de me battre pour l'accès à l'éducation en sachant très bien que ce ne sera JAMAIS une affaire d'Université ou d'études supérieures. La minorité des diplômés elle aussi n'appartiendra au mieux qu'à 15 à 20% d'une certaine élite qui à chaque génération et à sa façon, croit qu'elle fera mieux que ses prédécesseurs.

    Pendant ce temps, de correction du passé en correction du passé, on oublie d'ouvrir les portes de l'éducation et de l'avenir. Le seul vrai héritage qui nous amènerait à mieux que nos parents: l'élévation de l'esprit au dessus de lui-même et de ses préjugés. Mais pour 15% de chaque génération, la conviction de détenir la vérité corrompt irrémédiablement le processus. Même à l'Université on apprend à préjuger selon les données du passé.
    Aussi longtemps que l'Humain sera dirigé par ses préjugés, aussi longtemps on passera à côté de la véritable éducation. "La découverte de soi à travers la découverte du présent." C'est vrai aussi pour les boomers. 15 à 20% d'entre eux détiennent véritablement la cagnotte et s'y accrochent désespérément. Mais il y a tous les autres ... et parmi eux des gens fort éduqués.

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    1. Bonjour et merci de votre réponse,

      Évidemment, je suis d'accord avec vous qu'on retrouve toujours des exceptions, qu'on a des des gentils et des tatas partout. Je sais depuis belle lurette qu'il faut faire la part des choses. Je sais aussi que nous ne sommes pas la première génération sacrifiée de l'histoire et certainement pas la dernière.

      Mon message est toutefois plus simple: supportons le combat de ces jeunes qui se lèvent là où nous sommes écrasés et refusons la division des génération qui est l'objectif du gouvernement. Je voulais aussi dire que, malgré mon âge, mon confort et l’amertume qui pourrait m'habiter, je crois encore en une société juste !

      Y

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    2. Je vous suis sur ce terrain mais je continue de croire que ce n'est pas une affaire de génération. Aucune génération n'est à blâmer. Je dis seulement que nous assistons au recommencement de ce qui a déjà existé. La segmentation de chaque génération qui mène à son implosion.
      Je rêve d'une jeunesse qui va s'élever au-dessus d'elle-même... et ce n'est pas encore ce qui se produit. Je rêve d'une jeunesse qui reconnaitra la vraie valeur de l'éducation en dehors des titres et des distinctions sociales qu'elle procure à seulement 20% d'une société qu'on prétend vouloir juste. Une jeunesse qui se battra pour et non contre.

      Il n'est pas trop tard pour que la génération X renonce à se définir par ses professions. Les années 90 et la ré-ingénierie ont touché tout le monde. pas seulement les X.
      ...
      Je me demande quand arrivera le nivellement vers le haut... qui serait une véritable cause de mobilisation encore à la portée des X hyper carriéristes.

      Nos enfants ne peuvent pas se contenter du son des casseroles de leurs aînés....
      Je suis toujours impliquée aussi parce que j'y crois mais moi aussi j'aurais besoin des X. Feront-ils partie du mouvement? Les entreprises sont entre leurs mains aujourd'hui. Merci de votre réponse et bienvenue au coeur de l'action. db

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  22. De savoir que je ne suis pas la seule X à avoir une émotion de voir cette génération qu'on disait démobilisée, désabusée, individualiste et dépolitisée descendre dans la rue, rassembler toutes les générations et faire du bruit.
    Statut précaire, endettement, ce fut notre lot. Les plus jeunes des X ont su ou eu la chance de saisir les rares opportunités d'emplois gouvernementaux laissés vacants par les plus vieux boomers prenant leur retraite (ou se faisant mettre à la retraite). Un seul poste sur 3 environ étant comblé. Je pense particulièrement au ministère de l'Agriculture, c'est mon domaine.
    Malheureusement, les descriptions de tâches ont changé, de conseillers ils sont devenus gestionnaires de paperasse faisant de ces jeunes dynamiques des prisonniers de cages en or, débordés par la bureaucratie.
    Mais je m'éloigne.
    Au contraire, mon statut est plus que précaire. Je me défini comme entrepreneure "par défaut". En tant que X, je suis trop vieille pour amener "un nouveau souffle" ou "la fraîcheur de la jeunesse" et trop jeune pour avoir la crédibilité d'un jeune boomer.

    La mobilisation actuelle me fait espérer pour mes enfants. Leurs aînés pavent la voie d'un changement social profond dont elles pourront bénéficier.

    J'étais de ceux qui croyaient que les Y, les Z et tous les autres seraient plus amorphes que nous.

    Ils nous ont prouvé depuis 110 jours qu'ils sont encore plus motivés que les boomers l'étaient il y a 40 ans. Eux, nos jeunes, si peu nombreux, ont réussi à mobiliser TOUTES les générations alors que les boomers ont bougé pour eux-mêmes, ayant la force du nombre derrière eux et l'apathie de leur prédécesseurs comme tremplin.

    Merci, Yannick.
    Merci de ce texte inspirant.
    Et merci d'avoir allumé en moi cette étincelle me permettant de verbaliser enfin ce qui me donnait une émotion depuis plus de 100 jours maintenant.

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  23. C'est ma première visite sur votre blogue, j'apprécie votre écriture et vos idées. Je vais revenir vous lire.
    Amicalement.
    Line

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  24. Je me joins au concert. Ingénieur, 44 ans favorisé par un système qui en exploitait d'autres en douce. Père de trois enfants qui arrivent à l'université, je ne peux qu'être ému moi ausssi par leur solidarité, leur lucidité, leur force. Yannick, je te remercie de nous donner l'occasion de leur dire.

    À défaut d'avoir lutté dans notre jeunesse et pour réparer le tort que nous avons causé par notre aveuglement volontaire ou non, nous avons dorénavant la responsalité de parler, de convaincre. Nous devons faire mentir les apôtres de la «majorité silencieuse» qui sont convaincus que les chaumières sont remplies de béni-oui-oui à la recherche de baisses d'impôts et de libertés individuelles. Je paie moi aussi beaucoup d'impôts et je suis heureux de le faire pour participer à la redistribution des richesses et à la solidarité de notre société.

    Par contre nous avons trop longtemps accepté - et parfois même participé - à la perversion lente de ce système qui finance de plus en plus les riches (subventions à la pseudo-recherche et développement, à la création d'emplois bidons, etc.) tout en laissant croire que la limite du système de redistribution est atteinte. Voilà comment nous devons participer à cette lutte: nous sommes à l'intérieur de la «bête», nous en voyons les rouages, nous pouvons les dénoncer, refuser d'en être les exécuteurs consentants.

    Dans les prochaines semaines, des élections se profilent et nous devons nous assurer que nos choix reflètent ce que nous pensons de ces enjeux. Nous devons amener nos amis, nos familles, à comprendre ce qui se cache derrière les plans Nord, les baisses d'impôt, la réingénierie de l'état et autres mirages concensuels. Surtout, nous devons prendre le leadership et les responsabilités que nous laissons actuellement dans des mains malhabiles.

    Merci encore et à la prochaine,
    Louis Lamarre, Montréal

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  25. Bravo pour ce texte Yanick!

    35ans, expatrié français depuis 5ans ici, je partage complètement ton opinion. La réalité générationnelle que tu décris est réelle et globalement niée par la génération de nos parents et une part importante de l'establishment au service d'intérêts privés.

    La mobilisation doit continuer pour ré-équilibrer les choses en profondeur et développer un vision de société plus juste respectant nos droits et libertés fondamentales.

    Merci pour ton message,

    Raphaël

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  26. J'ai 61 ans et j'appartiens à la génération des babyboomers. J'ai un doctorat en poche depuis longtemps et je travaille aussi depuis longtemps comme consultant (voir http://www.consulfrance-quebec.org/BAR-DES-SCIENCES-l-Homme-egoiste). J'ai mis sur pied plusieurs coopératives en économie sociale dont plus récemment WEBTV.COOP (http://webtv.coop)... où travaille désormais une majorité de moins de 30 ans.

    Mais, voyez-vous je gagne moins de 30k$ annuellement... en mettant les choses au mieux. Je n'ai pratiquement pas de fond de retraite. Alors mettre toute notre génération dans le même bateau, c'est prendre des raccourcis un peu facile. Je ne suis pas le seul dans cette situation, tous mes proches amis de mes 20 ans sont dans une situation semblable, ils sont comédien, artiste, cinéaste. Des rêveurs direz-vous! Heureusement que ce monde peut encore rêver de changement et de beauté.

    Je ne mets pas toute la cohorte des 35-44 ans dans le même bateau, car je trouve aussi des gens comme l'auteur de ce blogue qui se démarquent des Martineau et autres éteignoirs.

    La solidarité, elle dépasse les dates de naissance, comme les casseroles le montrent en ce moment.

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  27. Même génération que toi, même constat. En 90 lors du premier dégel, j'étais à l'université et c'est presque uniquement les facultés en sciences humaines qui sont sorties. On ne faisait pas le poids et après quelques coup d'éclats on est rentré dans le rang. Le néo-libéralisme avant encore le vent dans les voiles et on était à contre-courant.

    Depuis la crise financière on sent que cette idéologie est en banqueroute. Elle ne va pas disparaître, mais elle ne peut plus prétendre être la seule "voie raisonnable". On a vu concrètement ce que ça donne et c'est une impasse évidente.

    Je salue le courage et la détermination des jeunes d'aujourd'hui. Ils ne sont pas seuls, c'est pas uniquement une affaire de génération. Je suis derrière eux et beaucoup de gens moins jeune que moi encore. C'est pas encore une majorité, mais on sent que le momentum à changé de bord.

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  28. Merci! Ma mère est de votre génération et ça fait longtemps qu'elle me parle de cette manière... Elle ma souvent parler de la situation qu'elle a vécue.. Du manque d'emploi, des 15-20 années de services à la fonction publique (par contrats allant et venant de temps en temps) avant la permanence tant désirée, des heures interminables à faire des jobines de couturières, de femme de ménage, du manque d'argent pour finir ses études en comptabilité et du débrouille-toi comme tu peux parce que ceux qui étaient avant toi se sont tout appropriés. Ma mère, elle était révoltée au fond d'elle, mais elle l'a toujours gardée en dedans. Elle m'a avoué avoir beaucoup de rage pendant sa grossesse de moi. Et je crois que votre génération, la génération x, vous avez refoulez beaucoup de révolte, de colère sans jamais rien extérioriser et vous avez donnez naissance à nous. Une génération révoltée jusqu'à l'âme qui compte bien changer le monde un peu. Benjamin Franklin a dit quelque chose comme, l'utopie, c'est seulement ce qu'on a pas encore essayé de réaliser. Nous ne sommes pas idéalistes, nous avons des projets et ils se réaliseront. Si on ne peut pas le faire pendant notre vivant, on passera le message à nos enfants qui feront un autre bout de chemin. C'est comme ça qu'on change le monde Monsieur. Merci d'avoir participer à ça, Merci à ma mère et à la génération x qui était encore assez éveillée pour être fâchée en dedans.

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    1. Merci,

      J'espère que vous avez montré mon texte à votre mère et qu'il aura contribué à faire la paix avec son passé.

      Sincèrement,

      Yanick, moué l'ingénieur.

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  29. Merci beaucoup, ça fait du bien de lire ça!

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  30. J’ai une histoire similaire et j’aimerais la partager. D’abord, en racontant ma propre expérience qui ressemble à quelques virgules près, à celle de Yannick et sans doute à l’histoire de beaucoup d’étudiants de mon époque, soit de 1984 à 1991. Pour obtenir mon diplôme d’ingénieur, j’ai fréquenté le CEGEP et l’université durant 7 ans, soit une année de plus que le cheminement normal. Mes parents, étaient de la classe moyenne et nous résidions à l’extérieur. Donc, je devais donc prendre résidence pour mes études. À l’époque, les frais de scolarités étaient minimaux pour le CEGEP et ceux pour l’université ont varié de 650$ au début du bac à 1200$ à la fin de celui-ci. Durant cette période, il faut donc se loger, se nourrir et se vêtir. Il y avait quand même un système de prêts et bourses. Mais, sur la base des revenus très moyens de mes parents, une contribution parentale était calculée. Mes parents n’arrivant pas à la fournir, il m’aurait fallu les poursuivre en justice selon un agent du ministère, à l’époque, ce que je n’ai pas fait, bien sûr. Or j’ai donc travaillé. C’est alors que l’on m’a coupé ma partie bourse, parce que j’avais travaillé… Alors, j’ai du réduire le nombre de crédits par session pour obtenir des résultats académiques adéquats. D’où l’année supplémentaire. DE plus, plutôt que chercher des failles du système et de faire semblant de me marier pour obtenir l’indépendance parentale et toucher les bourses, j’ai fait du taxi de nuit, partiellement au noir en plus de souscrire à un prêt personnel supplémentaire à la banque pour réussir ma formation. Au résultat, je suis entré sur le marché du travail avec un beau 30 000$ de dettes que j’ai remboursé. Mais, aujourd’hui, ingénieur civil, profession que j’adore, je paie passablement d’impôt. Si les frais de scolarités eu été de 3500$ par année, je doute que j’aurais fait le même choix, et je paierais probablement moins d’impôt.

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  31. Bonjour!

    Merci beaucoup pour ce texte, bien senti et sincère. Je suis de la génération Y, je viens de la campagne profonde et je suis sur-éduqué. Je vis donc actuellement le problème que tu as vécu lors de ton arrivée dans le "monde adulte". Le pire c'est que mon travail consiste à faire de la consultation en développement durable... pas pour l'environnement non... pour repenser notre mode de développement dans toute sa complexité.

    La crise actuelle, je la vis donc non seulement comme ancien étudiant impacté des choix de société néolibéraux, mais aussi de l'intérieur comme militant et surtout comme professionnel qui essaie d'éduquer ceux qui ne le sont pas aux importants problèmes de société que nous vivons et de les accompagner dans la recherche de solution pour que s'accélère un changement culturel dont nous avons bien besoin… Si j'ai la chance de travailler avec des gens formidables, des gens qui voient qu’il y a un problème et qui souhaitent entamer une transition avant que l’on ne soit trop impacté par des crises… des gens qui me donnent confiance en l'avenir… je vois aussi les résultats de nos choix de société sur ma propre génération, et franchement, des fois, ça m’inquiète... c'est du je-me-moi mur à mur et une absence totale de pensée critique. Même s’il serait de la facilité de les blâmer individuellement pour leurs choix, je sais très bien qu’ils n’y sont pour rien et que c’est le contexte dans lequel ils ont évolué, la culture dominante qui les amène à être ainsi.

    Personnellement, il y a à peine 4 ans, mon idéal de vie était de prendre un poste de direction dans une grande entreprise, faire un excellent salaire pour me payer un condo de luxe ou un manoir dans Dix30… avec la piscine, le spa, le SUV Audi, la table de pool, le cinéma maison et blablabla. Littéralement! Je ne caricature même pas! Dans l’espace d’un an seulement, me voilà sur le Plateau, en coloc, à manger bio/local/de saison, à avoir réduit drastiquement ma consommation de viande, à déconsommer… même plus de voiture… c’est le pattern au complet qui a changé. Je sais donc quel genre de bouleversement mental ça crée de prendre conscience et de se transformer rapidement… mais je sais aussi que c’est possible et que, si on veut évoluer comme société, on doit s’en donner les moyens. Et l’éducation (pas la formation) est un de ces moyens.

    Enfin! Je suis bien heureux d'être de ceux qui tapent de la casserole avec le sourire et qui travaillent en faveur d'une société meilleure. Ça ne sera pas facile mais je suis bien confiant que nous y arriverons et je compte bien y mettre mes efforts et mon temps... après tout j'en ai fait mon travail et ma passion.

    Encore merci, ton texte est rafraichissant!

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  32. Hier soir, pour la première fois, les "casseroleux" de ma ville ont dépassé les frontières du centre-ville et sont venus passer devant chez moi. Je suis sortie pour les encourager et ô surprise ! j'ai pu constater qu'un bon trois-quart d'entre eux avait la tête grise... Ça n'a fait chaud au coeur. J'ai espoir, qu'au final, ce conflit de générations débouche sur un grand rassemblement des générations. Il serait plus que temps ! Notre société a atteint un point de non-retour, et le conflit relatif aux frais de scolarités est outrepassé depuis longtemps. Continuons de nous battre, de nous exprimer haut et fort et surtout, aux prochaines élections, faisons notre premier devoir de citoyen, qui est d'aller voter ! Reste maintenant que de tous ceux qui osent enfin faire entendre leur voix, surgissent de nombreux bons représentants qui pourront remplacer la racaille qui nous gouverne actuellement. Malheureusement, pour le moment, le choix n'est pas bien grand...

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